Harcelon ← Retour à l’atlas

Géopolitique · Grand Angle

BRICS : l’alliance impossible

Onze membres, dix partenaires et des intérêts stratégiques de moins en moins cohérents : est-ce encore un bloc, ou seulement une liste ?

Analyse8 minVues —

L’élargissement augmente le poids démographique des BRICS, mais réduit leur cohérence. Le sigle réunit désormais des puissances montantes, des États rentiers, des pays sanctionnés, des partenaires militaires de l’Occident et des rivaux directs.

01

Une organisation plus grande, une catégorie moins nette

11

Membres

Des trajectoires politiques et économiques profondément différentes.

10

Partenaires

Un poids accru, mais aucune doctrine commune supplémentaire.

02

Chine et Inde : les frères ennemis

La Chine et l’Inde suivent toutes deux une trajectoire ascendante. Mais elles veulent les mêmes marchés, les mêmes industries et le leadership du Sud global. Elles partagent une frontière disputée et se concurrencent dans l’océan Indien comme dans les chaînes industrielles.

Leurs relations se normalisent progressivement depuis 2024, sans faire disparaître leur rivalité stratégique. L’Inde préside le groupe en 2026 tout en développant ses coopérations avec les États-Unis, le Japon et l’Australie face à la Chine.

L’Inde n’utilise pas les BRICS pour rejoindre un camp, mais pour éviter d’en rejoindre un.
03

Le Brésil : un BRICS réversible

Le Brésil défend une plus grande autonomie du Sud et reste officiellement engagé dans les BRICS. Mais l’Amérique du Sud appartient à la profondeur stratégique immédiate des États-Unis. Cela ne signifie pas qu’elle leur appartienne politiquement : cela signifie que Washington peut y exercer une pression beaucoup plus directe que Moscou ou Pékin.

Les alternances brésiliennes peuvent ainsi modifier rapidement l’orientation internationale du pays. Le Brésil n’est pas sorti des BRICS, mais il reste un membre politiquement réversible, impossible à considérer comme le pilier permanent d’un bloc anti-américain.

04

Le Venezuela : le révélateur

Le Venezuela souhaitait rejoindre les BRICS. Mais le Brésil a bloqué sa candidature au statut de partenaire en 2024, notamment en raison du contentieux autour de l’élection présidentielle vénézuélienne. En 2026, le pays ne figure ni parmi les onze membres ni parmi les dix partenaires officiels.

Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération au Venezuela et capturé Nicolás Maduro. La Chine et la Russie ont condamné l’intervention, mais elles n’ont pas pu protéger leur partenaire ni empêcher Washington de réaffirmer sa primauté régionale.

S’il ne pouvait ni intégrer les BRICS ni obtenir leur protection effective, que représente concrètement cette appartenance géopolitique supposée ?

05

Des membres opposés entre eux

L’élargissement a encore accru les contradictions. L’Iran et les Émirats appartiennent au même groupe tout en se trouvant sur des lignes stratégiques opposées dans le Golfe.

En mai 2026, les ministres des Affaires étrangères des BRICS n’ont pas réussi à publier une déclaration commune sur la guerre impliquant l’Iran, les États-Unis, Israël et les Émirats.

À cela s’ajoute la contradiction monétaire : certains membres veulent sortir du dollar, tandis que les monnaies du Golfe lui sont directement arrimées et que la Chine dépend toujours des marchés et des actifs américains.

06

Oublier les BRICS comme bloc

Il ne faut pas oublier l’organisation : elle existe, organise des rencontres, facilite certaines coopérations et porte la New Development Bank. Il faut en revanche oublier les BRICS comme catégorie homogène de puissance.

Chine

Cherche une extension de sa puissance.

Inde

Protège son autonomie.

Russie

Cherche des voies de survie.

Golfe

Diversifie ses investissements.

Brésil

Affirme une indépendance réversible.

Autres membres

Recherchent financements et marge de négociation.

Ils ne possèdent ni ennemi commun, ni monnaie commune, ni défense collective, ni marché intégré, ni autorité politique, ni philosophie partagée. Leur seul point commun est de ne pas vouloir dépendre entièrement de l’Occident. Mais refuser un centre ne suffit pas à en construire un autre.

Les BRICS ne sont pas l’alliance du nouveau monde. Ils sont le lieu où les fragments de l’ancien viennent négocier leurs intérêts.